• (...) « Cette femme était bien, continua Ravila, tout ce que vous pouvez imaginer de plus distingué, dans tous les sens que l'on peut donner à ce mot. Elle était jeune, riche, d'un nom superbe, belle, spirituelle, d'une large intelligence d'artiste, et naturelle avec cela, comme on l'est dans votre monde, quand on l'est... D'ailleurs, n'ayant, dans ce monde-là, d'autre prétention que celle de me plaire et de se dévouer ; que de me paraître la plus tendre des maîtresses et la meilleure des amies.
    « Je n'étais pas, je crois, le premier homme qu'elle eût aimé... Elle avait déjà aimé une fois, et ce n'était pas son mari ; mais ç'avait été vertueusement, platoniquement, utopiquement, de cet amour qui exerce le coeur plus qu'il ne le remplit ; qui en prépare les forces pour un autre amour qui doit toujours bientôt le suivre ; de cet amour d'essai, enfin, qui ressemble à la messe blanche que disent les jeunes prêtres pour s'exercer à dire, sans se tromper, la vraie messe, la messe consacrée... Lorsque j'arrivai dans sa vie, elle n'en était encore qu'à la messe blanche. C'est moi qui fus la véritable messe, et elle la dit alors avec toutes les cérémonies de la chose et somptueusement, comme un cardinal. » (...)



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  • Nous étions là deux enfants blêmes
    Devant les grands autels à franges,
    Où Sainte Marie et ses anges
    Riaient parmi les chrysanthèmes.

    Le soir poudrait dans la nef vide ;
    Et son rayon à flèche jaune,
    Dans sa rigidité d'icone
    Effleurait le grand Saint livide.

    Nous étions là deux enfants tristes
    Buvant la paix du sanctuaire,
    Sous la veilleuse mortuaire
    Aux vagues reflets d'améthyste.

    Nos voix en extase à cette heure
    Montaient en rogations blanches,
    Comme un angélus des dimanches,
    Dans le lointain qui prie et pleure...

    Puis nous partions... Je me rappelle !
    Les bois dormaient au clair de lune,
    Dans la nuit tiède où tintait une
    Voix de la petite chapelle...


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  • La petite Marie est morte,
    Et son cercueil est si peu long
    Qu'il tient sous le bras qui l'emporte
    Comme un étui de violon.

    Sur le tapis et sur la table
    Traîne l'héritage enfantin.
    Les bras ballants, l'air lamentable,
    Tout affaissé, gît le pantin.

    Et si la poupée est plus ferme,
    C'est la faute de son bâton ;
    Dans son oeil une larme germe,
    Un soupir gonfle son carton.

    Une dînette abandonnée
    Mêle ses plats de bois verni
    A la troupe désarçonnée
    Des écuyers de Franconi.

    La boîte à musique est muette ;
    Mais, quand on pousse le ressort
    Où se posait sa main fluette,
    Un murmure plaintif en sort.

    L'émotion chevrote et tremble
    Dans : Ah ! vous dirai-je maman !
    Le Quadrille des Lanciers semble
    Triste comme un enterrement,

    Et des pleurs vous mouillent la joue
    Quand la Donna é mobile,
    Sur le rouleau qui tourne et joue,
    Expire avec un son filé.

    Le coeur se navre à ce mélange
    Puérilement douloureux,
    Joujoux d'enfant laissés par l'ange,
    Berceau que la tombe a fait creux !


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  • (pour Jeanne Charcot).


    ***

    Si les ondines et les fées
    Maintenant ainsi qu'autrefois
    Sur une coquille de noix
    Naviguaient, de corail coiffées,

    Et si j'étais, - car nous aimons
    Suivre parfois d'étranges rêves, -
    Un des minuscules démons
    Rois de la mer bleue et des grèves,

    Je ne voudrais d'autre travail
    Que d'agiter cet éventail
    Pour faire une brise légère

    Qui pousserait tout doucement
    Le bateau vers un port charmant
    Et vous seriez la passagère.

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  • Tous ces oiseaux qui sous la nuit obscure
    D'un triste vol se plaignent lentement
    Ne sont témoins du doux commencement
    De mon amour sainte, loyale et pure.

    Les clairs ruisseaux, les bois et la verdure
    Des prés fleuris d'un beau bigarrement
    Sont seuls témoins du bien et du tourment
    Que pour aimer également j'endure.

    La nuit n'eût su dans son sein recéler
    Mon feu luisant, qui peut étinceler
    Parmi les cieux, aux enfers et sous l'onde.

    Mon amour passe au travers de la nuit,
    Et plein d'un feu qui bluettant s'enfuit,
    Aide au soleil à redorer le monde.


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